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Blogueuse Culturelle : La difficulté de donner mon avis critique

Photo - Ibrahim Canaan pur les Galeries Peyrissac

 

 

Je suis une go de la bienveillance qui n’ose pas égratigner, mais en même temps qui aime dire ce qu’elle pense. Mon cul est entre 2 chaises assez éloignées mais j’arrive encore à bien écarter les fesses. C’est peut-être pour ça qu’on pourrait aisément m’entuber.

Comme je suis fière et à la fois honteuse de mes propos

Je publiais ce statut sur facebook en septembre 2018. Le langage en avait amusé certains et choqué d'autres. Mais il y  avait bien un fond (pour rester dans le vocabulaire tendancieux).
C'est très spontanément que j'avais sorti cette réplique à une amie journaliste très engagée, alors que nous débattions sur un sujet polémique. Elle me faisait remarquer ma supposée complaisance à l'égard d'individus ou de pratiques à dénoncer avec virulence, quand je choisissais de me montrer gentille et faisais une fixette sur la façon de formuler une critique négative. Mon amie n'était pas la première à me faire cette remarque. Un autre ami écrivain me le rappelait souvent : J'aurais trop peur de heurter les égos et d'être détestée, donc j'habille mes avis de blogueuse le plus possible.
 
Dans une certaine mesure, ils n'ont pas tort, et je le leur ai dit. Depuis 2012 que je blogue sur l'Art et la Culture, j'ai fondé ma démarche sur une certaine spontanéïté sans perdre en empathie. Je me suis construite sur un besoin vital de dire ce que je pense. En effet, je finis toujours par donner mon point de vue quand l'envie me presse. Mon intérieur ne supporte pas de garder des avis critiques sur des questions qui me semblent importantes. Constatez dès lors mon dilemme : Franchise contre Bienveillance.
 
Oui bienveillance, parce qu'il ne s'agit pas de complaisance mais bien de bienveillance à mon sens. Comment donner son avis avec toute la franchise possible sans heurter les sensibilités? Parce que mes amis ont raison. J'ai peur de blesser, de froisser. Mais quand je décide de publier un retour d'expérience, je m'impose d'être honnête, de ne pas me rendre coupable de dol vis à vis de mes lecteurs. Et on en arrive à l'image "trash" que je dressais en statut sur facebook.
 
Je ne l'evoque jamais, mais j'ai été face à des agressivités verbales plus d'une fois. Pas beaucoup, je vous rassure. Les artistes, aussi sensibles puissent-ils être, ne sont pas méchants et font preuve de beaucoup de recul. En tout cas ceux que j'ai eu le bonheur d'observer et  de commenter. Mais j'ai connu ma petite dose de tensions. Sans rentrer dans les détails -l'objectif ici n'est pas de faire de l'affairage- Je me suis déjà faite agressée verbalement pendant plus de trente minutes par un inconnu jusque là, qui m'a reproché de n'avoir pas écrit sur un sujet précis, puis de n'avoir pas été assez élogieuse dans un article. Un épisode qui avait eu pour effet de m'abattre moralement pendant quelques jours où je me suis noyée dans une remise en question totale. Soit ! Je me suis relevée mais je n'oublierai jamais le rabaissement dont j'avais fait l'objet avec surprise ce soir là. J'avais été réduite au statut d'arriviste qui se croit assez crédible pour parler d'Art et de Culture. J'ai encore honte de vous dire mot pour mot ce qu'il m'a dit en me parlant comme à un enfant. Les risques d'une passion ou du métier ? Ce passage fait partie des raisons qui ont motivé cet article.
 
Il y a aussi les petites bouderies  qui se règlent plus vite, à coup d'explications respectueuses. Et pourtant je crois user des tournures les plus créatives pour épargner les susceptibilités. Avec ça certains me recommandent d'être davantage rentre-dedans. Haha.
Je devrais peut être me taire quand c'est mauvais. Mais je vous l'ai dit plus haut, j'y arrive difficilement, surtout quand je me suis engagée à expérimenter puis faire un retour d'expérience. Alors je publie et je dois assumer. J'ai une technique pour mener l'exercice que j'image ainsi : "Passer la pommade avant d'entrer le suppositoire". En terme de création artistique, rien n'est absolument nul. Vous pourrez toujours me contredire sur ce point...
 
En terme de création artistique donc, rien n'est absolu. Je donne donc les points positifs, puis les négatifs. Je crois bien qu'on parle d'article-sandwich. Quoique parfois le négatif prend le dessus, et ça fâche. D'ailleurs ce format m'ennuie aussi un peu.
 
En tant que blogueuse culturelle je remets encore beaucoup en question la qualité de critique que me confèrent certains. Parfois je ne me sens pas encore assez fondée pour donner mon avis, puis je me souviens que je suis une consommatrice et qu'en tant que telle, je peux me permettre de donner mon avis. Mais de plus en plus, il est reçu avec plus de gravité. J'ai l'impression qu'il a davantage de conséquence. Ca me fait peur, je dois vous l'avouer. Qui n'aime pas être aimé ? Je préfère clairement ne pas avoir de personnes qui m'en voudraient pour ma langue bien pendue. Et puis je me souviens qu'on ne peut pas plaire à tout le monde. Il est maintenant question de l'accepter et de continuer à m'exprimer avec franchise sans perdre en respect et en pertinence.
 
D'ailleurs je n'arrête pas de me documenter, de discuter avec des professionnels, des personnes qui challengent mes connaissances, qui sont généreuses en partage d'expérience. Le domaine auquel je m'intéresse est loin d'être superficiel et par essence implique une culture générale accrue. Alors d'accord je suis blogueuse et cette activité met très souvent la passion en avant, mais il arrive un moment où vous n'avez d'autre choix que de construire une certaine expertise.
 
Une chose est certaine, je suis convaincue qu'il y a une réelle nécessité de s'exprimer pour contribuer à faire bouger les lignes et susciter davantage d'intérêt pour une industrie sous-estimée. J'espère le faire peu importe à quel degré.
 
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